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21-01-2026 — 0 réaction

Pourquoi et comment je souhaite rester le maire de ma commune

Huit ans. Ça fait huit ans que je suis maire de Rinxent.
Il y a près de huit ans, j'écrivais « Pourquoi et comment je suis devenu le maire de ma commune 😱 (non je ne suis pas tombé sur la tête) ».

Il est temps maintenant de publier une petite mise à jour.

Comme on m'a récemment demandé un petit retour d'expérience après toutes ces années, je me dis que c'est également l'occasion d'aider les personnes qui se posent la question de l'engagement au sein de leur commune, à quelques semaines des prochaines échéances municipales.

Je vais reprendre des éléments des échanges que j'ai pu avoir dernièrement avec des personnes que j'ai contactées pour nous rejoindre pour le mandat à venir. Comme d'habitude, ça sera plus ou moins bien structuré, écrit un peu à la volée. Ça sera sûrement un gros pavé, peut-être pas digeste. Y'a des choses à prendre, d'autres à laisser.

⚠️ Tout ce que j'écrirai ici ne concerne que mon propre vécu, propre à ma commune. Tout ne peut pas s'appliquer à votre contexte, évidemment.
Je vais tenter de lister pas mal de choses, mais je ne prétends pas tout vous expliquer sur le fonctionnement classique d'un conseil municipal.

Ça prend du temps d'être élu-e au conseil ?

Oui et non. C'est comme tout. Tout dépend de l'envie et l'investissement que toi, tu veux y allouer.

Je considère notre conseil comme une association. Plus précisément comme le conseil d'administration d'une association. Une équipe de 25 bénévoles (je reviendrai plus tard sur cette notion de bénévolat) qui donne les grandes lignes directrices de où on veut aller, et qui travaille avec les agents pour que les projets qui découlent de ces lignes directrices s'accomplissent.

👉 Contexte : Rinxent, 3.000 habitants, 25 élu-es (23 titulaires, 2 suppléant-es), une trentaine d'agents municipaux. Tous les élu-es sont de mon équipe, pas d'opposition depuis 2020. Un maire, 6 adjoint-es, 6 conseiller-es délégué-es.

Quand on me pose cette question, je réponds que la seule obligation est celle d'assister aux réunions du conseil municipal[1]. Bien évidemment, ça peut arriver de rater une de ces séances (et on peut transmettre son pouvoir à une autre personne). Mais à part ça, rien d'autre.

Je mens, bien sûr. Je n'attends pas d'un-e candidat-e qui souhaite nous rejoindre de ne venir que 4 fois par an. Mais je pars du principe que notre investissement, c'est du bénévolat et surtout, du volontariat.
Si tu ne veux pas t'investir plus, ne t'engage pas. Tout simplement. Et ce n'est pas grave.

Lorsque nous organisons des événements sur la commune (festivités du 14 juillet, remise de médailles, accueil de nouveaux habitants, etc.), viennent les élu-es qui sont disponibles ce jour-là et qui souhaitent venir. Si je dois commencer à obliger des personnes à venir, c'est raté. Je n'ai pas envie de voir des personnes qui viennent en trainant les pieds. Ça se sent, se ressent. Ne participent donc que des personnes motivées.

Ça, c'est pour les temps publics, avec la population.

Les réunions de travail, ça se passe comment ?

Lorsque nous avons été élu-es (rappel : en mars 2018), nous avons récupéré l'organisation précédente. Pour plein de raisons, plus ou moins valables : on ne connaissait vraiment pas grand chose[2] et nos priorités ici étaient surtout de tenter de trouver de l'argent.

Donc, cet héritage d'organisation, c'était :

À notre niveau de collectivité, c'était une erreur que d'être organisé comme cela. Ne faites pas ça.
Ça génère de la frustration et ça crée des différences.

Des décisions étaient parfois prises lors des réunions adjoint-es, puis étaient annoncées aux réunions globales. Et le sentiment d'inutilité pour les autres élu-es pouvait être compréhensible.
À mes yeux, un-e adjoint-e ou un-e maire n'ont pas plus de pouvoir lors d'une prise de décision. Ces personnes sont là pour trancher, oui.
Mais leur avis lors qu'une discussion, leur vote lors d'une délibération compte autant que n'importe quel-le élu-e.

Nous avons mis du temps avant de nous rendre compte que ça n'était pas la meilleure organisation pour nous.
Un des éléments qui nous a aidés à prendre conscience, c'est le COVID, les confinements et les réunions limitées dans le temps (« on se réunit, on est masqué-es, on bosse et on repart tout de suite chez soi »). Cette période, au tout début d'un mandat où tout le monde ne se connaissait pas vraiment dans l'équipe, n'a pas aidé à créer du lien. À apprendre à travailler ensemble.
Je ne prône pas les fins de soirée avec un verre à la main, mais le manque de temps conviviaux et de temps « hors cadre de travail » n'a pas été facile. En temps normal (hors COVID), nous terminons toujours nos réunions par « l'apéro »[3].

👉 Début 2021, nous avons donc compris que notre organisation de réunion n'était pas le bon.
Niveau rythme, nous étions (et nous sommes encore) à une réunion toutes les deux semaines, mais avec entre deux, une réunion adjoint-es. Depuis février 2021, cette réunion adjoint-es n'existe plus.

Nous avons donc une réunion le lundi soir à 19h toutes les deux semaines. Comptons en général 1h30 à 2h de boulot, puis vient le temps convivial (durant lequel on a tout de même le droit de continuer à discuter des sujets mairie, mais aucune obligation).
Nos réunions de conseil municipal (4 à 6 par an) sont souvent le mardi soir à 19h.

Suite aux réunions de travail, les sujets évoqués sont remontés aux agents via le maire ou via l'élu-e en charge d'une délégation (par exemple, notre adjoint aux travaux fait le point quotidiennement avec la responsable du service technique).

Pas de commissions

Pour inclure au maximum l'ensemble des élu-es sur l'ensemble des sujets communaux, je n'ai pas voulu créer de commissions en 2018. Pas envie de créer trop de silos, trop de cloisons. Sans ces commissions, un-e élu-e peut participer et donner son avis sur tous les sujets.
Nous sommes une petite collectivité, nous sommes agiles et être dans une commission sur l'ensemble du mandat peut être trop contraignant.

Par contre, sur certains projets (organisation de festivités, un projet d'aire de jeux, etc.), nous créons de groupes de travail de quelques personnes (toujours volontaires), sans limite dans le nombre de personnes. L'idée est d'avancer en plus petit comité, de rencontrer les prestataires, de consulter les devis et d'amener un pré travail aux réunions bimensuelles pour une prise de décision par l'ensemble de l'équipe.
Aucune obligation de siéger durant tout le mandat dans ces petits groupes : ainsi, une personne qui participe en 2023 pour les festivités du 14 juillet n'est pas tenue d'y siéger en 2024.

Mais on va créer des commissions dans quelques mois

Oui oui, je suis cohérent. Je viens de vous dire qu'on n'en voulait pas, je sais bien.
Mais rappelez-vous : nous sommes une petite collectivité et nous sommes agiles.

Depuis le début de ma mission d'élu, j'essaie d'appliquer les mêmes concepts que ceux de mon monde professionnel, notamment l'amélioration continue.
On essaie, on apprend, on améliore, on change.

Ainsi, ce n'est pas parce qu'une organisation fonctionne dans les grandes lignes qu'il ne faut pas chercher à l'améliorer.

Quelques points qu'il nous faut améliorer aujourd'hui :

Améliorer la relation élu-es / agent-es

Notre fonctionnement, dans la prise de décision, est en fait trop pyramidal. Les élu-es discutent, décident, puis l'info est redescendue aux agent-es.

Les agent-es sont sollicité-es pour les demandes de devis par exemple, mais à mon sens, nous ne les impliquons pas assez dans la prise de décision.

⚠️ Évidemment, ce sont les membres du conseil municipal qui prennent les décisions concernant les projets ou les priorités, mais consulter les agent-es permet d'avoir leur avis technique et leur connaissance du sujet. Ça les implique et les concerne plus.

Je ne dis pas que ces échanges n'existent pas aujourd'hui, ça serait mentir.
Mais nous ne le faisons pas suffisamment.

Faciliter la participation des élu-es

25 personnes en réunion, c'est riche en discussion, en débat (le nombre de fois où je me dis qu'un sujet ne prendra que 3 minutes mais qu'il en prend 10 fois plus 😅), mais clairement, c'est parfois beaucoup trop.

Je sais que certaines personnes n'osent pas ou ne se sentent pas légitimes.
Prendre la parole face à autant de personnes, prendre la parole en disant qu'on n'est pas expert-e, être une femme et prendre la parole pour donner son avis face à des hommes : autant de raisons qui font que ça n'est pas évident.

C'est pourquoi des réunions en plus petit comité peut aider et faciliter ces interventions.

Quelle organisation pour ces commissions ?

Face à ce constat, j'ai évoqué l'idée de créer des commissions en fonction des compétences communales : urbanisme, péri scolaire, associations, cimetière, etc.
Une personne serait nommée en tant que référente de chaque commission.
Les élu-es qui souhaitent participer à une commission sont libres de le faire, mais surtout, cette participation ne doit pas être gravée dans le marbre.[4]

« Je veux participer cette année à la commission A, très bien. Dans 6 mois, je veux assister à une réunion de la commission B, aucun souci. Dans 2 ans, je ne me sens plus concerné-e par la commission A, j'arrête. »

Rappel : nous sommes agiles et il faut s'adapter en fonction des envies et besoins des élu-es, en fonction des priorités qui changent et du temps qui passe.

La personne référente réunit cette commission autant de fois que nécessaire dans l'année[5], puis ses membres en rendent compte lors de nos réunions bimensuelles.
La commission n'a pas de pouvoir décisionnaire : elle est là pour dégrossir certains sujets, demander des devis et discuter en plus petit comité, mais surtout, puisqu'un-e agent-e est présent-e, ça permet d'avoir son avis, son expertise.

Ça gagne bien d'être élu-e ?

C'est du bénévolat[6]. Alors oui, certain-es élu-es ont une indemnité. Prenons celle du maire par exemple.

Au premier janvier 2026, elle est d'un peu plus de 1.300 € nets par mois.

Ça peut paraitre comme un complément pas négligeable. C'est vrai.
Mais face à cela, il y a les responsabilités et des obligations (je peux commettre des fautes et être condamné, je suis responsable de l'ensemble du personnel, je suis disponible quasiment 24h/24h toute l'année, etc.). Il y a les réunions communales et intercommunales ou encore les moments publics (les festivités, les événements organisés par les associations). Les pompiers ou les gendarmes peuvent m'appeler la nuit, sur mon temps de travail ou encore durant un repas de famille.
Puisque nous n'avons pas de service d'astreinte à l'année, en cas d'urgence (conditions climatiques, accident de la route, etc.), je suis le premier intervenant[7] sur une route à sécuriser ou à nettoyer par exemple.

D'un point de vue purement personnel, évidemment que je ne refuse pas cette indemnité, mais ça n'est pas suffisant pour pouvoir arrêter de travailler et me consacrer exclusivement à la mairie.

Mais du coup, les semaines sont chargées !

Oui. Maire, père de 2 enfants (en garde alternée), beau-père de 2 autres (en garde alternée), salarié et donc maire, ça occupe. Mais c'est un choix[8].

Mais vous comprendrez mieux pourquoi beaucoup d'élus sont des hommes à la retraite[9].

Ajoutons à cela que je suis coach de basket. Joueur de basket. Je vais courir 2 à 3 fois par semaine.

« T'as le temps de faire ça ? »

Certaines semaines, si je m'écoutais, je ne ferais pas toutes ces activités en plus.

Mais je prends ce temps. Il est nécessaire. Il me permet de tenir, de me changer les idées, de voir du monde.

Et malgré toutes ces occupations, je ne rate aucun événement familial. Je suis là pour mes enfants, pour les devoirs, pour les conduites au collège ou au sport.

Le fait d'être en télétravail quasi exclusif aide beaucoup à cette organisation, c'est évident.

Une journée-type, c'est :

Les réunions mairie sont très souvent calées sur mon agenda familial : quand les enfants sont chez maman, j'ai mes réunions. Ils grandissent et donc ça arrive que parfois, j'ai des réunions même lorsqu'ils sont à la maison.
Mais je suis toujours là quand ils reviennent le mercredi soir ou quand je dois les déposer chez maman.

Pour conclure

J'adore cette mission que j'ai acceptée il y a 8 ans maintenant.
Être élu-e, ça demande du temps si on veut bien faire les choses. Même sans être maire ou adjoint-e, ici, on peut passer pas mal de temps en réunion, en rendez-vous avec des prestataires ou avec les agent-es.
Si on veut s'investir, c'est comme dans toute structure, ça prend du temps.

Mais c'est tellement enrichissant. On prend tellement de plaisir à voir avancer (ou pas d'ailleurs) les projets. À être à l'écoute et aux côtés de la population.

Je ne suis pas objectif, et tout dépend votre contexte local et votre organisation personnelle, mais si vous avez l'occasion de vous investir, allez-y.
Allez voir comment se déroule une séance du conseil municipal, allez prendre rendez-vous avec les élu-es de votre commune pour discuter et poser des questions, participez à la vie locale.

Rendez-vous dans quelques années pour la suite ?


  1. Il est obligatoire que le conseil se réunisse au minimum une fois par trimestre. ↩︎

  2. Qui a dit « vous ne connaissiez rien ! » ? 😅 ↩︎

  3. De plus en plus, il y a des boissons non alcoolisées, d'ailleurs mais là n'est pas le sujet. ↩︎

  4. Marbre de Rinxent, si possible. ↩︎

  5. Avec les élu-es qui le souhaitent mais surtout, avec l'agent-e concerné-e par la délégation. ↩︎

  6. Je ne parle que d'une commune de 3.000 habitants. Sur les communes plus importantes, la réponse n'est évidemment pas la même. ↩︎

  7. Si nécessaire, je contacte d'autres élu-es qui me rejoignent. ↩︎

  8. Pas vraiment réfléchi il y a 8 ans, je le reconnais. ↩︎

  9. Un jour, on pourra discuter de la situation de la maire de Poitiers qui a connu une grossesse durant son mandat et qui s'est rendue compte que la loi ne prévoyait pas ce cas… ↩︎